Où suis-je?

Victoriaville, Québec

mercredi 14 février 2007

Dans la gueule du monstre

Je vole à nouveau, vers Barcelone cette fois. Sur le Maroc s'étend un lit de ouate, sur l'Espagne un drap de satin. Je détourne mon regard du hublot un instant. Tout le monde est à son affaire. Les gens discutent, lisent le journal. Je dois être le seul sur ce vol à m'émerveiller devant les beautés du ciel.

De Barcelone au Caire, l'horizon se cache dans l'obscurité. Par chance je jette un coup d'oeil à l'extérieur à temps pour voir un bout d'Italie illuminé dix kilomètres plus bas. Puis, la noirceur à nouveau, parfois percée de la lumière d'un navire. Enfin, la côte africaine, le delta du Nil. On perd de l'altitude. Je le devine, je le vois, le monstre étire ses tentacules de lumières scintillantes au delà des horizons.

J'ai pris la précaution de réserver une chambre et un taxi depuis Marrakech, mais personne ne m'attend à l'aéroport. J'appelle à l'hôtel où on me dit de me débrouiller par mes propres moyens pour m'y rendre. Je me débrouillerai, ai-je le choix? Mais pas question d'aller à cet hôtel, j'en trouverai un autre.

Il est 3h du matin. Je suis perdu entre les dents du monstre, immenses édifices qui ont peut-être eu du charme à une époque lointaine. Je sens encore son haleine de smog. À part les chats et les chiens errants, tout est mort. Un commerçant dort assis devant la porte de son magasin. Un taxi des années 70 décoré de DEL multicolores me salue d'un coup de klaxon. Les phares sont en option ici, même la nuit. J'entre dans trois ou quatre édifices où on annonce un hôtel. Tous sont semblables. Un grand hall d'entrée où quelqu'un dort, sans doute un gardien. Un vieil ascenseur de bois qui doit me mener à l'étage où se trouve l'hôtel. Une cour intérieure dans un état dramatique de délabrement. Je suis dans un décor de film d'horreur tellement cliché que j'en ris! Je souris à l'idée que bientôt ce nouveau monde me sera familier.

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