Après le désert, les montagnes. Je m'en vais à Tinerhir pour me reposer, écrire et voir de plus près le Haut Atlas. À mon arrivée, il pleut et je me dépêche de me réfugier dans le premier hôtel que je croise.
Le lendemain, je me consacre exclusivement à l'écriture de mon journal. Assis à une table d'un petit café, j'écris, je bois le thé, je regarde les passants. Je revis mon séjour dans le désert. Je suis bien dans cette tranquilité. J'écris toute la journée, jusqu'à ce que mon crayon se vide d'encre. À peine ai-je refermé mon journal, un jeune homme dans la vingtaine s'adresse à moi. J'accepte de prendre le thé avec lui. Il s'appelle Moustapha, 25 ans, soldat dans l'armée marocaine. Un autre jeune homme se joint à nous peu de temps après. Il se présente, Amine, ingénieur d'état. On discute tous les trois. J'ai presque l'impression d'être des leurs.
À un moment donné, trois jeunes s'approchent de Amine. L'un d'eux lui donne quelques claques au visage se moquant du fait qu'il parle français. Amine me raconte que ce genre de situation survient fréquemment, qu'il essaye de ne plus s'en faire avec ça. Moustapha ajoute qu'il fait partie d'une ethnie berbère minoritaire dans la région. Amine serait victime d'actes de racisme.
Pendant que nous discutons, Moustapha roule une cigarette de Haschisch. Puis une autre. Dans l'espace de deux heures, il en aura roulé et fumé quatre. Puis il s'absente pour revenir avec un sac de plastique rempli d'un liquide translucide. C'est de la mahia artisanale, un alcool fort à base de dattes. Il en boira trois sacs durant la soirée.
Amine s'éclipse également pendant un bon moment pour revenir avec un contenant de pilules dont il refuse de me dévoiler le contenu. Moustapha me révélera plus tard qu'il s'agissait d'antidépresseurs. Amine n'est pas ingénieur. Il n'a pas réussi à compléter ses études et, selon Moustapha, ses problèmes de santé mentale et ses moyens financiers ne lui laissent aucun espoir de les compléter un jour.
Moustapha me propose d'aller finir la soirée dans un bar traditionnel berbère. Je veux bien. Une fois sur place, je vis le night life berbère en sirotant une bière. Moustapha danse, ivre. Il a trouvé, le temps d'une soirée, un bonheur facile par l'excès. Un violoneux joue de la musique berbère accompagné percussions et d'un synthétiseur. Deux danseuses peu enthousiastes décorent la piste de danse.
Notre soirée se termine à la fermeture du bar.
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