Les montagnes du Sinaï sont le mystère, je le sens à la vue des premiers pics par la fenêtre de l'autobus qui m'amène à Ste-Catherine. Leur parois se dressent à pic, elles nous cachent quelques choses. Leur brun est rosé comme la peau l'est par la gêne. Elles défilent, toujours plus grandes, provoquant en moi des impulsions d'émerveillement, un peu à la manière des feux d'artifices. Mon regard les perd dans la nuit. Je les reverrai demain.
Au matin, je sors de ma chambre et fais quelques pas dans le camp bédouin où je séjourne. Au dessus des murs du camp, seulement des montagnes et le ciel. Je tourne sur moi-même pour saisir le panorama. Ce village est un autre endroit où je passerais une vie, je le sais dès cet instant.
Outre les montagnes, ce qui m'intrigue dans cette péninsule, c'est l'histoire biblique qui l'entoure. Moïse aurait reçu les dix commandements sur le mont Sinaï, juste à côté du village. Évidemment je ne peux m'empêcher d'y faire une petite randonnée. Au sommet, On peut voir à l'ouest le majestueux mont Ste-Catherine, le sommet de la péninsule, plus noire que ses semblables. Si Moïse a bel et bien reçu les dix commandements sur le mont Sinaï, il a bien pu déifier le mont Ste-Catherine. Pour ma part, je le personnifie en une sorcière, au chapeau pointu et à la cape de pierre noire. Au crépuscule, la sorcière prépare une potion qui produit des vapeurs colorées dans le ciel. Demain j'irai regarder par dessus l'épaule de la sorcière. Je redescends de la montagne sous un ciel étoilé.
Le lendemain matin, ma curiosité a toujours le dessus. Que se cache-t-il derrière la cape de la sorcière? Je m'aventure dans le sentier de pierres roses assez large pour que deux chameaux s'y croisent. La piste suit un creux entre les monts Sinaï et Ste-Catherine, puis l'embranchement qui mène sur la pointe du chapeau bifurque vers l'ouest juste après une plantation d'oliviers. Un village de quelques dizaines d'habitants l'entoure. L'un d'eux vient en ma direction et m'offre le thé. Je sais bien qu'il le fait pour l'argent, mais pourquoi pas. Boire un thé en compagnie de sa famille me fera un grand bien en redescendant.
Je regarde le dos de Ste-Catherine. Je vois le sentier faire des contorsions pour maintenir une pente peu inclinée. Il monte en zigzag jusqu'au ciel. La randonnée est facile et paisible, jusqu'à ce que le choix d'un embranchement s'impose. Gauche ou droite? Sur la carte au camp il n'y avait pourtant qu'un sentier! Le sommet, caché par les pics voisins ne peut me servir de repère. Je choisis la gauche. Un retour au carrefour sera toujours possible. La piste enjambe un creux en empruntant un pont de pierres haut et étroit et aboutit au pied d'une falaise à pente négative au pied de laquelle se trouve l'apparence d'une grotte. Je vais voir. De l'eau se cache au fond. Il s'agit d'une source. Je m'y rafraîchis. Quel endroit magique! Et je l'ai pour moi tout seul. Combien de personnes ont bu dans cette source? Depuis combien de millénaires?
J'atteins l'épaule de la sorcière. Je vois la moitié ouest du Sinaï. Suis-je un témoin admiratif des dégâts d'un accident entre l'Afrique et l'Asie? En tous cas, je suis certes témoin de leur séparation qui s'est amorcée 40 millions d'années avant mon passage. Au loin, je vois de l'eau, celle du golfe de Suez. Si Ste-Catherine est une sorcière, sa marmite est ce golfe. C'est de là que chaque soir, s'élève une vapeur multicolore.
Un long escalier de pierres me permet enfin d'atteindre la pointe du chapeau pointu. Lorsque j'y pose le pied, le temps s'arrête. Rien ne bouge. Même le vent s'est arrêté en même temps que le son de mes pas. Mon regard se fixe à nouveau sur le golfe de Suez. J'y aperçois quelques bateaux, à peine dimensionnels, immobiles. Je me tourne vers le nord, lentement tant il y a d'images à ne pas oublier, puis vers l'est. D'ici, même le majestueux mont Sinaï semble petit. Plus loin derrière, je vois du bleu. Il n'y a aucun doute, c'est de l'eau. Ce ne peut être que le golfe d'Aqaba devant les montagnes de l'Arabie saoudite. Au sud, derrière les dernières montagnes du Sinaï, je devine le vide, l'infini. Est-ce la mer Rouge? Je ne fais plus confiance à mes sens.
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4 commentaires:
MA-LA-DE!
Sérieux, t'as pas idée à quel point je t'envie.. mouais en fait tu dois bien t'en douter!
J'imagine que le sud-ouest est bien loin derrière maintenant! :P
Il est surtout très loin devant! Mais bien présent dans mes pensées. Il fait partie de mon prochain rêve, celui de rentrer au Québec et de passer du bon temps avec ma famille et mes amis.
oué reviens nous vouaire ! On s'ennuie ! Et Marianne te donne un gros calin ;)
V
Cher "J"
Tu fais parti de l'histoire , tu laisses tes empreintes sur les montagnes , sur les gens que tu touches, ils se souviendront de toi comme toi d'eux.
Je suis toujours là à te suivre , à te vivre.
Pierrette (Zoë)
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