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Victoriaville, Québec

lundi 7 mai 2007

Solidarité turque

Après le paradis du feu, celui de l'eau. Les goléttes de Bodrum me font rêver, attendant dans le port leur prochaine sortie où filant doucement au bout de la presqu'île, faisant leur chemin vers les îles grecques. Je veux toucher ce plaisir, sentir cette autre sensation de liberté. Je veux créer de mes main une telle merveille.

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Pendant que je rêve, la réalité me rattrape : mes cheveux poussent. Ce n'est pas une très grande nouvelle - surtout pour les gens qui m'ont connu à l'adolescence - mais ça m'amènera à découvrir chez les Turcs une solidarité que je n'ai pas rencontrée auparavant.

Avant de chercher un coiffeur, je vérifie avec le gérant de ma pension les prix locaux : 7 livres turques pour les cheveux seulement, 10 avec la barbe, ce qui dans mon cas, avouons-le, a aussi franchi le seuil de la nécessité.

Je parcours donc les rues de Bodrum à la recherche d'un salon bondé de locaux, stratégie habituellement efficace pour trouver un restaurant pas cher. Ma recherche porte rapidement fruit. La file d'attente d'un salon un peu à l'écart de l'artère principale déborde à l'extérieur. J'y entre et attends patiemment que les Turcs avant moi se fasse refaire une beauté, puis vient mon tour. Le coiffeur me fait gentiment la conversation pendant qu'il rafraîchit mon image négligée. Lorsqu'il termine, je suis un homme nouveau. Il ne me manque que la cravate pour me transformer en chic homme d'affaires.

Ça se gâte quand il m'annonce le prix que je dois payer pour ses services : 20 livres! Le double du prix attendu! J'exprime mon insatisfaction, mais il ne cède pas un kuruş. Rien à faire, j'abandonne la diplomatie. De l'homme d'affaire je n'ai bien que l'air...

Je n'en suis plus à la première arnaque dans ce voyage. J'ai vécu des situation similaires en particulier avec les chauffeurs de taxi égyptiens. Dans tous les cas, j'ai eu gain de cause en demandant l'aide des passants. Je fais de même ici, et je demande discrètement à un client combien il paye pour une coupe de cheveux. Avant de me répondre, il demande quelque chose au coiffeur en turc. Puis il me fait signe qu'il paye 20 livres en m'assurant de son honnêteté. Le coiffeur, qui a vu mon jeu m'invite à demander à tout le monde. Et évidemment, les gens prennent son parti! Seul du mien, je m'en vais en laissant le montant demandé, défait par la pression sociale.

10 livres turques, ce n'est pas la fin du monde, mais j'ai horreur de partir en laissant cette impression que le touriste est riche et qu'on peut profiter de son ignorance pour lui faire un prix spécial «just for you my friend».

De retour à la pension où je loge, je raconte mon histoire au gérant et à Burhan, mon co-chambreur turc. Leurs rires confirment l'arnaque. Je ris avec eux. Burhan propose d'aller au salon le lendemain pour faire comme s'il était un client local et connaître le vrai prix. Je lui dit qu'il ne sera pas crédible en lui rappellant qu'il n'a pas de cheveux et ris de lui à mon tour. On imagine toutes sortes de plans pour réparer ma bêtise, on a un plaisir qui dépasse son coût.

Le lendemain, on se rend comme prévu chez le coiffeur. Mais avant même d'entrer, Burhan a la réponse. Une grande affiche devant le commerce annonce en turc un spécial coupe de cheveux, shampooing, rasage pour 6 livres! Avec Burhan comme interprète, ça devient presque une formalité de récupérer la somme due.

Ici on perçoit le touriste comme un portefeuille sur deux pattes. On un préfère créer un marché parallèle pour lui soutirer le plus d'argent possible plutôt que de laisser l'impression d'un peuple honnête et accueillant. Mais merci quand même, coiffeur de Bodrum, ce fut bien amusant :-)

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Après Bodrum et Gümüslük, je me rends à Selçuk pour visiter Éphèse, puis à Izmir pour prendre le train et le bateau sur la mer de Marmara jusqu'à Istanbul où je passe quelques jours pour visiter des quartiers que je n'ai pas vu lors de mon premier passage.

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