Où suis-je?

Victoriaville, Québec

dimanche 9 septembre 2007

L'oasis culinaire

Après le calme de la campagne mongole où gambadent joyeusement chevaux et moutons dans un panorama dont chaque degré inspirerait le peintre le moins créatif, me voilà, quelques heures après, dans une toute autre réalité. Je suis compacté dans un lit superposé compressé dans un autobus de touristes bloqué sur une autoroute saturée. Plus rien n'avance. Les gens sortent du bus pour aller soulager leur envie la plus urgente sur l'accotement après que le chauffeur leur ait refusé une pause dans un endroit plus convivial. J'en profite pour aller prendre l'air.

Où suis-je? Qu'est-ce qui se passe? Nous sommes pris dans un embouteillage en pleine nuit, à 70 km de Pékin. Des vendeurs itinérants se promènent entre les voitures pour vendre leur marchandise. C'est à croire qu'ils ont eux-même provoqué l'embouteillage pour créer leur marché. Qu'est-ce que ce nouveau monde? Qu'est ce que ce sera une fois à Pékin? Est-ce que je peux retourner dormir?

***

Je marche dans les rues d'une ville à la fois moderne et traditionnelle. Ses deux faces sont impressionnantes. À travers le quadrillage de béton des grands boulevards se trouvent des micro rues où les mobylettes, vélos et souliers avancent sans ordre, mais en harmonie. À l'ombre des petits murs de briques qui cachent chacun leur univers d'arbres, de plantes et de casseroles, on oublie la modernité des grands édifices et des voitures neuves. Les gens me regardent du bas de leur position assise, une curiosité heureuse et paisible dans les yeux.

J'ai l'air d'errer, comme ça, mais je m'en vais rejoindre Bryan et Isabel à leur hôtel. C'est la dernière journée d'Isabel à Pékin et elle veut goûter à tout ce qu'il y a dans les hutongs. On se loue des vélos et on part en explorateurs dans le soir.

On arrête d'abord dans un restaurant qu'ils connaissent déjà. Je découvre les dumplings, servis avec sauce soja accompagnée d'un assaisonnement piquant; un classique habituellement matinal. On poursuit l'aventure hors du hutong, dissous dans la masse de cyclistes pékinois, on fait notre chemin sur la large voie réservée, actionnant plus que nécessaire nos sonnettes pour informer fièrement les gens de notre passage dans leur ville. Souriants, on a les cheveux dans le vent et le vent dans les dents. On vole! Un motocycliste se joint à nous pour quelques coins de rues. On rivalise de vitesse avec lui. On s'amuse comme des enfants jusqu'à ce que le boulevard deviennent autoroute. Ivres de folie, tout est permis.

Tout ça donne soif. On fait une pause sur une terrasse, le temps d'une bière très froide et de curieuses arachides bouillies servies dans avec leurs écailles dans un liquide clair non identifié.

Le souffle repris, notre envie de découvertes est plus fort que tout. On remonte à vélos. On roule dans la nuit, dans les rues desertées. C'est à ce moment qu'on trouve ce qu'on cherchait sans le savoir : l'oasis culinaire. Devant un marché se sont amassées des dizaines de petites cuisines mobiles. On y cuisine de tout: brochettes, nouilles, dumplings, pâte frite, légumes bouillis. Je ne peux pas nommer tout ce qu'il y a. Il y a des formes et des couleurs dont je ne soupçonnais pas l'existence dans le domaine alimentaire. On se régale comme des affamés!

On se fait remarquer. Trois touristes dans un tel festin ça ne passe pas inaperçu. Les gens nous regardent avec curiosité et respect. Je réponds avec un sourire poli.

Un jeune vient nous voir et nous invite à nous joindre à son groupe. On y va. On s'installe chacun sur un petit banc autour d'une table qui déborde littéralement de nourriture. Il y en a partout autour. On nous offre des brochettes, du poisson frit, des fruits et de la bière. On mange jusqu'à pleine capacité.

Plus que comblés, on se hisse sur nos vélos et on repart en saluant nos amis chinois. On roule jusqu'à la place Tian'anmen où on va se reposer en chantant comme des soûlons. Profitons de chaque instant jusqu'au bout. On sera fatigués un autre jour. Sur la grande place, déjà les gens s'amènent par centaines, comme à tous les matins pour voir le drapeau chinois se lever en même temps que le soleil devant Mao et la Cité interdite.

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