Où suis-je?

Victoriaville, Québec

mercredi 19 décembre 2007

Prof. Sunil

Retrouvailles avec mes amis québécois Caroline et Rémi, célébrations du nouvel an newari avec Jérémie, rencontré à Beijing, et un groupe de musiciens locaux, visa indien, problèmes de digestion, passage chez le dentiste après avoir croqué à belles dents dans un hamburger à la roche... Trois semaines à Katmandou s'envolent avec le vent. La poussière retombée, Jérémie et moi nous évadons à Bhaktapur.

À peine débarqués de l'autobus, un officier nous arrête en nous mettant sous les yeux une feuille où il est écrit en anglais que nous devons payer un droit d'entrée pour visiter la ville. Un bref silence traduit notre étonnement. On regarde les gens circuler librement autour de nous. On se regarde. On pense la même chose : demi-tour. Pas question de payer pour marcher dans les rues d'une ville, aussi historique soit-elle, surtout quand l'imposition des frais est basée sur la blancheur de la peau. Nous sautons dans le prochain bus vers l'est pour débarquer dans un village quelconque quand le coeur nous en dira.

Les yeux rivés aux fenêtres derrière lesquelles défile un crescendo de paysages himalayens et ne voulant pas l'interrompre, on se rend au terminus : la ville de Dhulikhel.

- Où se trouve l'autobus qui continue vers l'est? demande-t-on au premier venu.
- Vous devez aller à l'autre terminus, à 5 minutes de marche de ce côté.
- Merci!

On marche dans la direction indiquée, découvrant la rue principale d'une petite ville en apparence trop ordinaire. Mais en avançant, la série continue d'immeubles qui bordent la rue s'interrompt et révèle le trésor qu'elle cachait à nos yeux: L'Himalaya, comme on ne l'a jamais vu. Derrière la vallée dans laquelle s'élève le plateau de Dhulikhel se dresse un mur blanc qui nous laisse muets par sa démesure. Le vide laissé devant nous par la vallée, si immense soit-il, semble gêné, contraint par une frontière naturelle qui lui rend l'infini inaccessible. Immobiles sur le haut du plateau, on se sent tout petits.

C'est bon, c'est bon. On peut s'arrêter ici. Ouf! Mais où dormir? Derrière nous, une affiche annonce un hôtel. On va jeter un coup d'oeil, mais personne ne semble se trouver entre les murs du bâtiment. Montant d'étage en étage, on finit par tomber sur un jeune homme sympathique, Sunil, qui nous informe que ceci est une école privée, et non pas un hôtel.

- Oui, mais on n'a besoin de presque rien... un petit matelas sur un plancher, c'est tout!
- Humm... mouais. Je vous propose quelque chose alors. Je peux vous héberger chez moi, mais à une condition: vous devenez népalais le temps que vous restez. Donc vous manger comme des népalais, vous dormez comme des népalais, vous vivez comme des népalais.

Pour les élèves que nous sommes, c'est le meilleur scénario. La meilleure école, c'est le milieu de vie des gens de la place. Professeur Sunil nous fait le plus grand honneur en nous offrant généreusement l'hospitalité de sa famille dans leur coin de paradis. Ça ne se refuse pas.

Un autobus bondé jusqu'à Banapa, un thé au lait bien sucré, une bonne marche dans les rizières jusqu'au milieu d'une colline et on arrive à la petite maison en terre de nos hôtes, tout juste après les étoiles.

- Cette nuit les étoiles tomberont! nous dit fièrement notre prof.
- Hahaha, qu'est-ce que tu racontes.
- Je te jure, tu verras...
- Ouais, ouais, ouais...

On se régale d'un délicieux dal bath préparé par grand-maman en recevant de Sunil la leçon Manger avec les mains 101 (pour les touristes) sous les regards rieurs des oncles, cousins et cousines. Un plaisir fou pour nous aussi évidemment! On monte ensuite dans notre chambre pour discuter, échanger sur nos vies si différentes. Puis c'est l'heure de dormir, les enfants!

Alors que je me brosse les dents à côté du baril d'eau potable devant la maison en regardant les étoiles, une étoile filante tombe derrière les montagnes.

5h30, on se lève avec le soleil pour le voir s'élever là où les étoiles sont tombées en étalant le spectre de toutes ses couleurs. Suivant le sentier qu'empruntent quotidiennement les villageois de Opi Ravi pour se rendre à Dhulikhel, c'est à notre tour d'assister à un spectacle. À l'est, les rayons fendent l'horizon pour se projeter sur le flanc des himalayennes en laissant leur trace dans la fine brume qu'a laissée la nuit. Au sud, Dhulikhel est inondée par un lac blanc de brouillard dense. Les collines de la veille forment maintenant des îles. Le temps semble arrêté par cette magie. C'est une autre image de paradis.

Dans la journée, Prof. Sunil nous amène à l'école où il enseigne et à celle où il a étudié. On y est accueilli comme des gens importants, fièrement présentés aux instituteurs et à une classe de grands. Je reste bouche bée devant tant de regards, tant de potentiel, entassé dans d'aussi petites classes. Aujourd'hui, leur école est aussi la nôtre.

Après du bon temps à Thankot, Pokhara, Tansen et Lumbinî, notre passage à Dhulikhel restera mon meilleur souvenir du Népal.

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