Retrouvailles avec mes amis québécois Caroline et Rémi, célébrations du nouvel an newari avec Jérémie, rencontré à Beijing, et un groupe de musiciens locaux, visa indien, problèmes de digestion, passage chez le dentiste après avoir croqué à belles dents dans un hamburger à la roche... Trois semaines à Katmandou s'envolent avec le vent. La poussière retombée, Jérémie et moi nous évadons à Bhaktapur.
À peine débarqués de l'autobus, un officier nous arrête en nous mettant sous les yeux une feuille où il est écrit en anglais que nous devons payer un droit d'entrée pour visiter la ville. Un bref silence traduit notre étonnement. On regarde les gens circuler librement autour de nous. On se regarde. On pense la même chose : demi-tour. Pas question de payer pour marcher dans les rues d'une ville, aussi historique soit-elle, surtout quand l'imposition des frais est basée sur la blancheur de la peau. Nous sautons dans le prochain bus vers l'est pour débarquer dans un village quelconque quand le coeur nous en dira.
Les yeux rivés aux fenêtres derrière lesquelles défile un crescendo de paysages himalayens et ne voulant pas l'interrompre, on se rend au terminus : la ville de Dhulikhel.
- Où se trouve l'autobus qui continue vers l'est? demande-t-on au premier venu.
- Vous devez aller à l'autre terminus, à 5 minutes de marche de ce côté.
- Merci!
On marche dans la direction indiquée, découvrant la rue principale d'une petite ville en apparence trop ordinaire. Mais en avançant, la série continue d'immeubles qui bordent la rue s'interrompt et révèle le trésor qu'elle cachait à nos yeux: L'Himalaya, comme on ne l'a jamais vu. Derrière la vallée dans laquelle s'élève le plateau de Dhulikhel se dresse un mur blanc qui nous laisse muets par sa démesure. Le vide laissé devant nous par la vallée, si immense soit-il, semble gêné, contraint par une frontière naturelle qui lui rend l'infini inaccessible. Immobiles sur le haut du plateau, on se sent tout petits.
C'est bon, c'est bon. On peut s'arrêter ici. Ouf! Mais où dormir? Derrière nous, une affiche annonce un hôtel. On va jeter un coup d'oeil, mais personne ne semble se trouver entre les murs du bâtiment. Montant d'étage en étage, on finit par tomber sur un jeune homme sympathique, Sunil, qui nous informe que ceci est une école privée, et non pas un hôtel.
- Oui, mais on n'a besoin de presque rien... un petit matelas sur un plancher, c'est tout!
- Humm... mouais. Je vous propose quelque chose alors. Je peux vous héberger chez moi, mais à une condition: vous devenez népalais le temps que vous restez. Donc vous manger comme des népalais, vous dormez comme des népalais, vous vivez comme des népalais.
Pour les élèves que nous sommes, c'est le meilleur scénario. La meilleure école, c'est le milieu de vie des gens de la place. Professeur Sunil nous fait le plus grand honneur en nous offrant généreusement l'hospitalité de sa famille dans leur coin de paradis. Ça ne se refuse pas.
Un autobus bondé jusqu'à Banapa, un thé au lait bien sucré, une bonne marche dans les rizières jusqu'au milieu d'une colline et on arrive à la petite maison en terre de nos hôtes, tout juste après les étoiles.
- Cette nuit les étoiles tomberont! nous dit fièrement notre prof.
- Hahaha, qu'est-ce que tu racontes.
- Je te jure, tu verras...
- Ouais, ouais, ouais...
On se régale d'un délicieux dal bath préparé par grand-maman en recevant de Sunil la leçon Manger avec les mains 101 (pour les touristes) sous les regards rieurs des oncles, cousins et cousines. Un plaisir fou pour nous aussi évidemment! On monte ensuite dans notre chambre pour discuter, échanger sur nos vies si différentes. Puis c'est l'heure de dormir, les enfants!
Alors que je me brosse les dents à côté du baril d'eau potable devant la maison en regardant les étoiles, une étoile filante tombe derrière les montagnes.
5h30, on se lève avec le soleil pour le voir s'élever là où les étoiles sont tombées en étalant le spectre de toutes ses couleurs. Suivant le sentier qu'empruntent quotidiennement les villageois de Opi Ravi pour se rendre à Dhulikhel, c'est à notre tour d'assister à un spectacle. À l'est, les rayons fendent l'horizon pour se projeter sur le flanc des himalayennes en laissant leur trace dans la fine brume qu'a laissée la nuit. Au sud, Dhulikhel est inondée par un lac blanc de brouillard dense. Les collines de la veille forment maintenant des îles. Le temps semble arrêté par cette magie. C'est une autre image de paradis.
Dans la journée, Prof. Sunil nous amène à l'école où il enseigne et à celle où il a étudié. On y est accueilli comme des gens importants, fièrement présentés aux instituteurs et à une classe de grands. Je reste bouche bée devant tant de regards, tant de potentiel, entassé dans d'aussi petites classes. Aujourd'hui, leur école est aussi la nôtre.
Après du bon temps à Thankot, Pokhara, Tansen et Lumbinî, notre passage à Dhulikhel restera mon meilleur souvenir du Népal.
mercredi 19 décembre 2007
dimanche 16 décembre 2007
Un chinois...
À Beijing et Shanghai, il était là. Sur le sommet du Huang Shan et dans les rizières du Jiangxi, je l'ai vu. Même à Canton, Hong Kong et Macao il était immanquable. Sous la pluie du Yunnan, il me saluait de son Ni hao! Dans le Sichuan, à Xi'an, à Lanzhou, dans le Qinghai, au Tibet... Il était partout, le chinois! Je commence à le connaître...
Un chinois, ça travaille. Le charbon à vélo, le béton sur le dos, tout faire en bambou... Sur l'eau, la rizière ou la montagne... Homme ou femme... Rien ne lui fait peur. S'il y a une autoroute ou un chemin de fer à faire passer à travers une chaîne de montagne ou sur le pergélisol, aucun problème. S'il y a un sentier à faire passer sur une falaise à pente négative, il vous le fera en béton, sans négliger les aires de repos. L'usage de machinerie et d'animaux étant très limitée pour tous les types de travaux. Et tout ça ne l'empêche pas de sourire, notre bon vivant, ce qui fait plaisir au touriste, surtout lorsqu'il vient de passer par la Russie!
Un chinois, c'est ambitieux. Des cinq-cent-quatre-vingt-trois-mille-quatre-cent-cinquente-et-un étudiants que j'ai rencontré - qui, pour la plupart, s'intéressaient à moi pour la grande qualité de ma langue seconde, hh.. hum... - tous étaient dans les domaines de l'administration, du génie, de la médecine ou de l'anglais. Bravo. L'art, la philosophie, l'histoire, la psycho, c'est mal!? Oui. Un chinois comprend ça dès le plus jeune âge, le met rigoureusement en pratique dans sa vie et conseille la même voie à son entourage. Quand on a assez bu, on a soif d'argent.
Un chinois, c'est bruyant. Il eut fallu que je pusse, avec des mots, faire ici étalage des sons qui constituent l'univers auditif d'un chinois. Pour le touriste qui met le pieds en ces terres, le son le plus marquant, quoi que non le plus agréable, est celui d'un raclage de gorge profond suivi d'un crachat généreux et tout aussi sonore. Excusez les détails, mais ça s'entend TOUT-LE-TEMPS et partout, au point que, pour moi, le son de la Chine, c'est celui-là. J'en oublie presque la musique trop forte et les klaxons...
Un chinois, ça sait cuisiner. C'est bon la bouffe en Chine. Je ne me suis jamais lassé des découvertes innommables, des dumplings, du bol de riz, de la soupe aux nouilles. Bon, j'avoue que sur le dernier point, je mens. Mais sérieusement, passez au Sichuan si vous voulez découvrir de nouvelles dimensions au domaine culinaire ou ajoutez simplement un peu de poivre du Sichuan à vos plats!
Un chinois, c'est en forme, surtout quand c'est vieux. À 5h du matin, avant que les adolescentes ne se lassent de jouer à leur palpitant jeu de mannequins qui dansent dans les cafés internet, les parcs se remplissent de vieux qui viennent faire leurs exercices et leur sôcial. À quand les parcs d'entraînement extérieurs chez nous, M. Charest? Bah... On a sûrement trop peur du ridicule pour aller s'entraîner en plein air. Vive les gyms climatisés.
Un chinois, ça a des émotions. Ça s'entend dans sa pop : une musique de peine d'amour. Et dire que je deviendrai nostalgique en entendant ces doux accords dans quelques mois à peine. Mais où est le dur que je croyais être!?
Dire un chinois, c'est un concept abstrait. Ça ne vient pas tout seul un chinois, c'est partout! Dans les villes, champs et montagnes. On croirait presque que personne ne reste à la maison. C'est bon. Ça rend le pays vivant!
L'idée n'est pas de mettre tout le monde dans le même panier, mais celui décrit ici est, de mon expérience, trop gros pour être passé sous silence.
Un chinois, ça travaille. Le charbon à vélo, le béton sur le dos, tout faire en bambou... Sur l'eau, la rizière ou la montagne... Homme ou femme... Rien ne lui fait peur. S'il y a une autoroute ou un chemin de fer à faire passer à travers une chaîne de montagne ou sur le pergélisol, aucun problème. S'il y a un sentier à faire passer sur une falaise à pente négative, il vous le fera en béton, sans négliger les aires de repos. L'usage de machinerie et d'animaux étant très limitée pour tous les types de travaux. Et tout ça ne l'empêche pas de sourire, notre bon vivant, ce qui fait plaisir au touriste, surtout lorsqu'il vient de passer par la Russie!
Un chinois, c'est ambitieux. Des cinq-cent-quatre-vingt-trois-mille-quatre-cent-cinquente-et-un étudiants que j'ai rencontré - qui, pour la plupart, s'intéressaient à moi pour la grande qualité de ma langue seconde, hh.. hum... - tous étaient dans les domaines de l'administration, du génie, de la médecine ou de l'anglais. Bravo. L'art, la philosophie, l'histoire, la psycho, c'est mal!? Oui. Un chinois comprend ça dès le plus jeune âge, le met rigoureusement en pratique dans sa vie et conseille la même voie à son entourage. Quand on a assez bu, on a soif d'argent.
Un chinois, c'est bruyant. Il eut fallu que je pusse, avec des mots, faire ici étalage des sons qui constituent l'univers auditif d'un chinois. Pour le touriste qui met le pieds en ces terres, le son le plus marquant, quoi que non le plus agréable, est celui d'un raclage de gorge profond suivi d'un crachat généreux et tout aussi sonore. Excusez les détails, mais ça s'entend TOUT-LE-TEMPS et partout, au point que, pour moi, le son de la Chine, c'est celui-là. J'en oublie presque la musique trop forte et les klaxons...
Un chinois, ça sait cuisiner. C'est bon la bouffe en Chine. Je ne me suis jamais lassé des découvertes innommables, des dumplings, du bol de riz, de la soupe aux nouilles. Bon, j'avoue que sur le dernier point, je mens. Mais sérieusement, passez au Sichuan si vous voulez découvrir de nouvelles dimensions au domaine culinaire ou ajoutez simplement un peu de poivre du Sichuan à vos plats!
Un chinois, c'est en forme, surtout quand c'est vieux. À 5h du matin, avant que les adolescentes ne se lassent de jouer à leur palpitant jeu de mannequins qui dansent dans les cafés internet, les parcs se remplissent de vieux qui viennent faire leurs exercices et leur sôcial. À quand les parcs d'entraînement extérieurs chez nous, M. Charest? Bah... On a sûrement trop peur du ridicule pour aller s'entraîner en plein air. Vive les gyms climatisés.
Un chinois, ça a des émotions. Ça s'entend dans sa pop : une musique de peine d'amour. Et dire que je deviendrai nostalgique en entendant ces doux accords dans quelques mois à peine. Mais où est le dur que je croyais être!?
Dire un chinois, c'est un concept abstrait. Ça ne vient pas tout seul un chinois, c'est partout! Dans les villes, champs et montagnes. On croirait presque que personne ne reste à la maison. C'est bon. Ça rend le pays vivant!
L'idée n'est pas de mettre tout le monde dans le même panier, mais celui décrit ici est, de mon expérience, trop gros pour être passé sous silence.
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