Où suis-je?

Victoriaville, Québec

jeudi 10 janvier 2008

De Bouddha à Allah

- Allez, lève-toi gros paresseux! me lance Laurent, mon voisin de dortoir.
- Pitié.. Il est à peine 5h du mat...

Après le sermon de la veille (portant sur les bienfaits de se raser les cheveux - vont-ils me convaincre?), un couple d'initiés nous a convaincu d'aller assister à la séance de méditation matinale quotidienne au temple bouddhiste où on séjourne, à Lumbinî. Je ne suis pas un adepte du bouddhisme, ni de la méditation - j'en suis surtout ignorant et curieux, comme beaucoup de choses - mais si le réveil fut brutal, l'ambiance dans la salle de méditation est comme une caresse pour l'esprit et les tympans. Les chants qui y résonnent me transportent et me font oublier l'inconfort de cette position assise, qui requiert plus de flexibilité que mes articulations en disposent.

La fin de la cérémonie marque pour Laurent et moi le retour à la routine. Déjeuner, brosser les dents, faire nos sacs et prendre le prochain autobus pour Sunauli à la frontière de l'Inde.

On m'a beaucoup parlé de l'Inde depuis que je suis en voyage et les premières images que j'en ai ne me surprennent pas.
  • Image 1 : Laurent et moi, marchant sur une rue commerciale dense à la recherche du bureau d'immigration, ne sachant pas trop bien si nous avons traversé la frontière ou non.
  • Image 2 : La bedaine du gérant du véhicule tout-terrain qui nous amène à Gorakhpur à travers la vitre arrière après m'être retourné pour voir ce qui restait de la chèvre que nous avons frappée, victime innocente de l'anarchie qui régule, sur la petite route surchargée, le flot de tout ce qui a des roues ou des pattes.
  • Image 3 : Les visages curieux des autres passagers qui nous écoutent encore attentivement parler une langue qu'ils ne comprennent pas après les 8 heures d'un trajet qui devait en durer 4. Et enfin, Vârânaçî!
Après une bonne nuit de sommeil, je vais à la découverte de la ville. Rapidement, je me sens bien à Vârânaçî. J'ignore pourquoi, mais les ghâts m'inspirent la paix. Peut-être le simple bonheur de revivre le dépaysement; c'est un nouveau premier jour. Sur la rive du Gange, je vois des vaches traitées au petits oignons, lavées bien malgré elles par de bons samaritains qui viennent d'en faire autant avec leur propre corps. D'autres s'occupent à faire leur lessive sans se soucier de toutes ces ordures qui flottent sur l'eau saturée d'un brun de toutes provenances. L'organisme humain est fort pour survivre dans de telles conditions!

Flottant dans une bulle de bien-être, j'accorde tout mon temps à ceux qui ont quelque chose à vendre pour leur faire comprendre que c'est non. Je marche lentement, comme pour empêcher que la bulle éclate. Deux jeunes m'abordent simplement pour faire connaissance. Ils ont des questions à me poser disent-ils. Je les invite à s'asseoir un moment pour discuter. Les sujets restent plutôt superficiels, mais j'ai le sentiment de faire voyager un peu ces deux garçons qui n'en auront peut-être jamais la chance.

Il est déjà tard. Je reviens par des rues et ruelles inconnues qui vont à peu près dans la bonne direction à travers un mélange de petits commerces, vaches, rickshaws, ordures, monuments, temples, smog, poussière, bruits, odeurs... La richesse culturelle qu'entraîne paradoxalement les contraintes matérielles de ce milieu de vie m'enivre.

Au détour d'une ruelle suréclairée par des tubes fluorescents disposés dans tous les sens au dessus d'elle, un haut-parleur crie une voix agressive en arabe. La curiosité comme seul guide, je vais voir de plus près. Deux jeunes m'aperçoivent au loin et me font signe d'approcher à la manière indienne : un geste de la main de haut en bas, qui m'inspire Vas-t-en, l'étranger. Mais l'expression de leurs visages laisse transparaître une invitation que je décide enfin d'accepter. Je m'assois avec eux sous les cris de colère dont j'aimerais connaître le propos.

- No Hindi? me dit un des jeunes.
- No Hindi. No English?
- No English.

Là en restera notre conversation, mais la langue importe peu dans ce contexte. On partage le chai et un genre de gutka maison. Ma présence attire un peu l'attention. Quelques braves viennent me saluer timidement, curieux. Je suis fasciné par le contraste entre les sourires des gamins et la violence du discours - du moins sur la forme.

N'ayant pas vu passer les heures et réalisant que cette cérémonie va peut-être durer toute la nuit, je rentre me coucher. Je m'endors, la fenêtre ouverte, sous les échos d'une rage vénérative.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour , c'est avec plaisir que nous découvrons votre blogue ( en suivant les aventures de notre garçon qui vie le même trip que vous http://autourduglobe.blogspot.com/ ) et que nous nous joignons à vos amis pour vous suivre dans cette belle aventure. Vous vivez des moments inoubliables et qu'elle bonne idée vous avez eu de les partager avec nous. Notre curiosité à chaque jour sera de vous suivre dans vos déplacements.
Christiane et Maurice

Anonyme a dit…

Allo jean-Seb,
Tjrs vivant PRÈS TOUT CE PÉRIPLE!!!
Tu as vraiment une écriture pétique et descriptive hors du commun pour me faire voyager.J'aurais bien aimé être à ta place pour la méditation dans ce temple sacré. Tu ne réalises pas que tu as ressenti des vibrations énergétiques extraordinaire de paix, d'harmonie et d'amour universel.
Est-ce qu'il y a un ghât à chaque ville. Comment sont les odeurs dans ce monde oriental??? dans les cérémonies sacrées, dans les petits commerces...
Tu es vraiment loin.
Bonne continuité de voyage et excellente année 2008.
Louise

J-Seb a dit…

Vibrations energetiques, je ne sais pas, mais paix et harmonie, c'est sur! Il y a des ghats dans plusieurs villes, mais pas toutes. Je n'ai vu que ceux de Varanaci. Les odeurs sont de toutes sortes, vraiment, c'est difficile a decrire... Certes, du tas se demarquent celle du smog et des epices dans les marches.

Merci pour tes bons mots et ta fidelite "apres tout ce periple"! Bonne annee!