1. Pas de meurtre.
2. Pas de vol.
3. Pas de sexe.
4. Pas de menteries.
5. Pas de drogue.
Et en prime, pour la durée du cours :
- Pas de lecture.
- Pas d'écriture.
- Pas de musique.
- Pas de communication verbale, non verbale ni - et je cite - spirituelle avec les autres méditateurs. Pas de gestes, pas de signes, pas d'écriture, rien.
- Et pas de souper.
J'espère que la technique fonctionne au moins. Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir. Je laisse toutes mes affaires à la réception et j'entreprends le processus.
C'est bizzare, l'Inde m'a habitué à prendre les horaires à la légère, mais le premier matin, la cloche sonne à 4h pile. Les oiseaux et les geckos peuvent encore dormir, mais nous, méditateurs en devenir, on déambule, somnambules, vers la grande salle.
Au déjeuner, je remarque qu'on sert du thé sucré. Le 5e précepte disait pourtant d'éviter les intoxicants, non? Aussi, on nous avait demandé de respecter le silence noble, c'est-à-dire, l'absence de toute communication pour un meilleur renfermement sur soi. Pendant les scéances de méditation, ce silence met en évidence rots et flatuosités bruyantes. Je n'y vois rien de noble... Mais n'importe, je dois me concentrer et maintenir les effets de ma respiration comme seule préoccupation.
En jouant le jeu du mieux que je le peux, j'observe pour la première fois cet esprit qu'est le mien. Je le découvre comme le regard de quelqu'un qu'on n'a jamais regardé dans les yeux. Il m'apparaît comme une bête sauvage qui ne veut rien savoir de l'enclos de concentration dans laquelle j'essaye de l'enfermer. Il préfère butiner dans un champs d'idées ou nager dans un fleuve de souvenirs avant qu'ils ne se jettent dans le vaste océan d'oubli. Suivant les enseignements du gourou, je le ramène à chaque fois que je prends conscience de sa fugue, calmement et patiemment, tentant de le maintenir au repos le plus longtemps possible. Dehors, les atterrissages à l'aéroport voisin battent la mesure temporelle. Les jours passent.
Le 5e jour, au terme d'une scéance d'une heure et demie, je me lève pour aller reposer mes jambes engourdies par la posture «indienne», mais cette fois-ci je sens que je tire mon esprit d'un endroit où il était bien. La bête demande à retourner dans son enclos. Il semble que la patience commence à porter fruit; j'ai franchi pendant un instant l'étape prérequise à la pratique de cette méthode de concentration active. Mon scepticisme butine. Je suis enivré par les effets d'un autre voyage. Un voyage d'intérieur.

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